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Poème de septembre

Anna Akhmatova

Portrait d'Anna Akhmatova,

Petrov-Vodkine (1922)

 

 

Se réveiller à l’aurore
Parce que la joie est trop forte,
Regarder par le hublot
Comme l’eau est verte,


Monter sur le pont - Le temps est gris -
Enveloppée de fourrures duveteuses,
Ecouter le bruit de la machine,
Et ne penser à rien,
Mais, sachant que je vais revoir
Celui qui est devenu mon étoile,
Me retrouver, dans la brise et les embruns,
A chaque instant plus jeune.

 

Ce poème plein de joie est écrit par Anna Akhmotova, sans doute une  des plus grandes, sinon la plus grande, des poètes russes du XXème siècle. Ce ne sont cependant pas les tourments, les humiliations et les duretés qui lui ont été épargnées par le régime soviétique.

Née en 1889 à Odessa, elle vivra les péripéties de l'histoire de la Russie, puis de l'Union soviétique. Elle sera poursuivie pour ses écrits pendant la dictature de Staline et beaucoup de ses proches et amis connaîtront condamnations, purges, goulags. Elle meurt en 1966, treize ans après Staline, mais sans avoir vu ses œuvres éditées.

Quand le poète Robert Frost lui rend visite en 1962, elle écrit : « J'ai tout eu : la pauvreté, les voies vers les prisons, la peur, les poèmes seulement retenus par cœur, et les poèmes brûlés. Et l'humiliation, et la peine. Et vous ne savez rien à ce sujet et ne pourriez pas le comprendre si je vous le racontais… ».